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Pourquoi les visuels IA se ressemblent tous, et les 3 gestes pour en sortir

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Lecture : 9 min

Si les visuels que tu génères avec l’IA ressemblent à ceux de tout le monde, ce n’est pas un hasard, et ce n’est pas ta faute. Le dégradé violet vient d’une valeur par défaut. Il y a cinq ans, un développeur a mis tous les boutons de sa boîte à outils en indigo. Des milliers de tutoriels ont recopié ses exemples, ces tutoriels sont devenus des données d’entraînement, et aujourd’hui l’IA te ressert la moyenne.

C’est la règle qui explique tout le reste. Une demande vague te rend la moyenne de ce que le modèle a appris. La police Inter, les cartes empilées dans d’autres cartes, la teinte jaune des images ChatGPT, le fond crème avec son grain : même mécanique, à chaque fois.

Et le vrai problème n’est pas qu’on voie que tu utilises l’IA. C’est que tes visuels racontent l’histoire de tout le monde au lieu de la tienne. Sur mobile, tu as environ 1,7 seconde avant que la personne fasse défiler.

La sortie tient en trois gestes : une liste d’interdits, une référence visuelle, ta grammaire de mots à toi. Je détaille les trois plus bas, avec le test que j’ai fait pour vérifier lequel sert vraiment à quoi.

Tu préfères regarder plutôt que lire ? Toute la démonstration est en vidéo, avec les exemples à l’écran.
Grille de seize visuels générés par IA montrant les mêmes tics : dégradés violets, fonds crème, cartes empilées et police Inter
Seize visuels générés séparément, sans se concerter. Violet, crème, cartes dans des cartes, même police. C’est ça, la moyenne.

D’où vient vraiment le dégradé violet des IA

Le violet des visuels générés par IA vient d’un choix de design unique, fait en 2020 par Adam Wathan, cocréateur de la boîte à outils Tailwind CSS. Il a mis tous les boutons de sa bibliothèque de composants en indigo, comme couleur neutre de démonstration. Des milliers de tutoriels ont recopié ces exemples, et les modèles ont appris dessus.

Le 7 août 2025, il a publié ses excuses. Le message a fait 1,5 million de vues.

« J’aimerais m’excuser formellement d’avoir mis tous les boutons de Tailwind UI en bg-indigo-500 il y a cinq ans, ce qui a conduit toutes les interfaces générées par IA sur Terre à être indigo elles aussi. »

Adam Wathan, 7 août 2025

Message d'Adam Wathan s'excusant d'avoir mis les boutons de Tailwind UI en indigo, citant deux interfaces générées par IA toutes deux violettes
Le message cité juste en dessous montre deux interfaces générées le même jour. Toutes les deux violettes.

Ce qui rend cette histoire utile, ce n’est pas l’anecdote. C’est ce qu’elle prouve.

Une couleur choisie par une personne, pour une raison sans importance, est devenue la couleur par défaut d’une bonne partie d’Internet. Personne ne l’a décidé. Personne ne l’a voulu. C’est juste ce qui était le plus représenté dans les données.

Donc la règle, celle qui vaut pour tout le reste : quand tu demandes « quelque chose de moderne », tu ne demandes rien. Tu reçois la moyenne. Et la moyenne d’Internet arrive directement sur tes pages.

Les signes qui trahissent un visuel généré par IA

Un visuel généré par IA se reconnaît à des marqueurs de design, pas à des défauts d’image. Les articles français parlent des mains et des doigts. Ce n’est pas de ça qu’il s’agit ici. Les vrais signes, ceux que tu vois passer tous les jours, sont des choix de couleur, de typographie et de mise en page qui reviennent parce qu’ils dominaient les données d’entraînement.

Les cinq plus visibles :

  • Le dégradé violet ou indigo, sur les boutons, les fonds, les titres.
  • La police Inter et les cartes gigognes, une carte dans une carte dans une carte, bordures arrondies partout.
  • La teinte jaune, cette dominante sépia sur les images qui sortent de ChatGPT.
  • Le look flyer, la mise en page de prospectus, avec sa police pinceau en italique.
  • Le fond crème avec un grain, la signature 2026, aujourd’hui partout sur Instagram.

Et derrière ces cinq-là, toute une famille : les trois blocs avec une icône au-dessus, les rangées d’icônes sous-titrées, le halo lumineux décoratif autour de tout, les coins trop arrondis sur chaque bouton.

Comparaison avant après d'une image générée par ChatGPT, avec sa teinte jaune sépia puis sans
La teinte sépia de ChatGPT, mesurée. À gauche l’image telle qu’elle sort, à droite la même une fois la dominante retirée.

Paul Bakaus, ancien de Google et de Unity, en a recensé 64 motifs répartis en 8 catégories dans un détecteur de « slop » visuel qui laisse basculer une interface entre son esthétique de 2022 et celle d’aujourd’hui. C’est la meilleure façon de voir le phénomène en une minute.

Si tu veux le pendant côté texte, j’ai fait le même travail sur les tics d’écriture de l’IA. Même mécanique, autre média.

Pourquoi un visuel IA se date comme un fossile

Les tics visuels de l’IA se déposent en couches, par année, exactement comme des strates géologiques. En 2022, c’était le dégradé violet et le verre dépoli. En 2026, c’est le fond crème avec son grain et la police Inter. Un visuel porte donc une date de fabrication lisible à l’œil.

Deux interfaces générées par IA côte à côte, une en dégradé violet typée 2022 et une en fond crème typée 2026
Deux cartes prises dans le même mur. À gauche la strate 2022, à droite celle de 2026.

Je trouve ça fascinant, et un peu inquiétant.

Fascinant parce que ça veut dire qu’on peut regarder une page et dire « ça, c’est du 2026 » sans rien savoir d’autre. Inquiétant parce que ton visuel se périme avec sa strate. Le fond crème qui te paraît élégant aujourd’hui sera estampillé comme le violet l’est devenu.

Donc voilà. Suivre la tendance de l’année, c’est accepter que ton contenu ait une date de péremption visible.

« J’assume d’utiliser l’IA » : pourquoi ça ne règle rien

Assumer publiquement d’utiliser l’IA ne résout pas le problème, parce que le problème n’a jamais été la transparence. Personne ne te reproche l’outil. Ce qui te coûte, c’est que ton visuel ressemble aux cinquante autres que la personne a déjà vus aujourd’hui, donc qu’elle passe sans s’arrêter.

Les chiffres sont sans appel là-dessus.

Sur mobile, l’attention moyenne accordée à un contenu sur Facebook est de 1,7 seconde, contre 2,5 secondes sur ordinateur. C’est la fenêtre entière. Si ton carrousel a le même violet, la même typo et les mêmes cartes que le précédent, tu es passé, et le temps que tu as mis dedans ne sert à rien.

L’autre chiffre vient de Chip Heath et Dan Heath, dans Made to Stick : après une série de présentations, 63 % de l’auditoire se souvenait des histoires racontées, contre 5 % pour une statistique isolée. Environ douze fois plus. Un visuel générique, c’est une liste de faits. Un visuel qui porte ta patte, c’est une histoire.

Comparaison en barres : 63 % du public retient une histoire racontée contre 5 % pour une statistique isolée
L’écart mesuré par Chip Heath et Dan Heath. C’est le même écart entre un visuel qui te ressemble et un visuel générique.

La couleur joue dans le même sens. Une étude de l’université Loyola, dans le Maryland, est régulièrement citée pour un gain de reconnaissance de marque allant jusqu’à 80 % grâce à la couleur. À prendre avec sa nuance : le travail d’origine comparait la couleur au monochrome sur le traitement de l’information, pas la marque toute seule. L’ordre de grandeur reste que se distinguer par la couleur paie, et que reprendre le violet de tout le monde fait l’inverse.

Et ça ne touche pas que les petites structures

Coca-Cola s’est fait démonter deux Noëls de suite. Sa publicité de Noël 2024, entièrement générée, a été qualifiée de bâclée et sans âme. La marque a recommencé en 2025, avec le même résultat.

Article de presse titrant qu'un an après son bad buzz, Coca-Cola remise sur l'IA pour sa publicité de Noël
Un an après le premier retour de bâton, la marque a refait exactement la même chose.

Colgate a vécu la même chose sur une simple publication Instagram, dont l’emballage produit portait un texte déformé caractéristique des images générées. Les commentaires ont été immédiats.

La Nielsen Norman Group, référence en expérience utilisateur, a analysé ces campagnes. Huei-Hsin Wang y écrit une phrase qui résume tout le sujet :

« Le public perçoit quand le récit est construit autour de ce que la technologie peut faire plutôt que de ce que l’histoire devrait être. »

Huei-Hsin Wang, Nielsen Norman Group, 19 décembre 2025

Aucune de ces marques n’a été critiquée pour avoir utilisé l’IA. Elles ont été critiquées parce que le résultat était générique. La différence de ressenti, elle est là : « il utilise l’IA, d’accord », ou « il utilise l’IA et il s’en fout ».

J’ai trouvé ces signes sur ma propre page de vente

Je ne suis pas au-dessus de ça, et c’est ce qui m’a décidé à faire cette vidéo.

L’autre jour, j’ai rouvert ma page de vente. J’y ai trouvé un cartouche au-dessus du titre, des cartes dans des cartes, et un halo en dégradé autour de ma photo. Trois signes, sur la même page, dans le premier écran.

Page de vente Libreneur avec un cartouche au-dessus du titre, un tic visuel typique des interfaces générées par IA
Le cartouche au-dessus du titre, sur ma propre page. Je ne l’avais jamais demandé.

Je ne les avais pas demandés. C’est bien ça le point.

Halo lumineux en dégradé autour d'une photo de profil sur une page de vente, désigné comme troisième tic visuel d'IA
Le troisième, sur la même page : le halo en dégradé autour de ma photo.

L’IA travaille tellement vite que tu ne penses pas à tout préciser, et chaque zone floue de ta demande se remplit avec la moyenne. C’est normal, ça arrive à tout le monde, et ça continuera d’arriver. La seule chose qui change, c’est que maintenant, tu sais où regarder.

Donner ton style à l’IA, en trois gestes

Pour que tes visuels portent ta marque plutôt que la moyenne, il faut trois choses, dans cet ordre : une liste d’interdits qui bloque les tics, une référence visuelle qui oriente la création et ta grammaire de mots personnelle. Les trois ensemble, parce que le premier tout seul ne crée rien.

Infographie : une rivière descend une vallée en courbes de niveau et traverse trois seuils, son eau restant grise après le premier puis prenant sa couleur
Suis la couleur de l’eau. Elle est encore grise après les interdits, elle prend sa teinte à la référence, et elle devient franche avec tes propres mots.

1. La liste des interdits

C’est le geste le plus efficace et le plus négligé. Une liste de blocages est beaucoup plus opérante qu’une longue description de ce que tu veux, parce qu’elle ferme des portes au lieu d’en ouvrir de nouvelles.

Tu la colles dans tes instructions personnalisées, une fois, et elle s’applique à toutes tes générations. Pas de violet ni d’indigo. Pas de police Inter. Pas de cartes imbriquées. Pas de halo décoratif. Pas de teinte chaude uniforme.

2. La référence visuelle

Une image de référence oriente le modèle infiniment mieux que trois paragraphes d’adjectifs. Tu as forcément repéré des visuels qui te plaisent chez d’autres personnes : sers-t’en, le temps de construire les tiens.

À terme, c’est ta propre banque qui doit nourrir tes générations. J’ai expliqué comment chercher dans ses propres photos par description pour retrouver la bonne en quelques secondes, et comment donner sa charte graphique à l’IA pour qu’elle la respecte.

3. Ta grammaire de mots

À force de générer, tu repères quels mots et quelles combinaisons donnent ton style. C’est un long travail. Personne ne peut le faire à ta place.

Chez moi, la trouvaille a été une soustraction. J’utilisais « digital painting » dans tous mes prompts, en pensant que ça aidait. Ça me posait problème à chaque fois. C’est en le retirant que j’ai atteint le style que je cherchais.

Le même prompt d'image, rendu avec puis sans deux mots de style, donnant deux résultats très différents
Le même prompt, avec et sans deux mots. Ce sont eux qui écrasaient le rendu que je cherchais.

Si tu veux gagner du temps sur cette partie, j’ai monté une bibliothèque qui donne les bons mots pour le style que tu cherches, et qui remonte la recette d’une image que tu aimes.

Le test qui prouve que les interdits ne suffisent pas

Avant de diffuser ma liste, je l’ai mesurée. Même demande, trois fois : une version avec les seuls interdits, une version avec des consignes positives, une version témoin sans rien.

Résultat : avec les seuls interdits, la teinte chaude tombe de 64 % à 26 %. Le tic disparaît, l’image devient propre. Et elle n’a aucun caractère. On dirait une photo de banque d’images.

Trois images générées avec le même prompt : une version témoin sans consigne, une avec les seuls interdits, une avec les interdits et les consignes positives
Le même prompt, trois régimes. Les interdits nettoient, ils ne créent rien. C’est le deuxième bloc qui fait le style.

C’est la partie que presque personne ne fait. Une liste d’interdits enlève les tics, elle ne fabrique aucun style. Il faut les deux blocs : ce que tu refuses, et ce que tu veux à la place.

J’ai rassemblé tout ça dans un fichier prêt à coller : 56 interdits classés par famille, côté image et côté interface, plus les consignes positives qui vont avec. C’est gratuit, dans ma communauté, la tribu des Libreneurs.

Récupérer le fichier des interdits

Tu y trouveras le fichier complet à coller dans tes instructions personnalisées, plus les pièces jointes de toutes mes vidéos. Inscription en deux clics, c’est gratuit.

Questions fréquentes

Pourquoi l’IA génère-t-elle toujours du violet ?

Parce que la bibliothèque de composants Tailwind UI utilisait l’indigo comme couleur de démonstration par défaut depuis 2020. Des milliers de tutoriels l’ont recopiée, ces pages sont devenues des données d’entraînement, et le violet est devenu la réponse statistique à « interface moderne ». Son créateur, Adam Wathan, s’en est excusé publiquement en août 2025.

C’est quoi l’« AI slop » ?

C’est le nom donné au contenu généré en masse, sans direction, reconnaissable à ses tics : dégradés violets, police Inter, cartes empilées, halos décoratifs. Le terme n’a pas encore d’équivalent français installé. Ce n’est pas une question d’outil, c’est une question d’absence de choix dans la demande.

Est-ce grave d’assumer qu’on utilise l’IA pour ses visuels ?

Non, et c’est même une bonne chose. Coca-Cola et Colgate n’ont pas été critiqués pour avoir utilisé l’IA, mais pour avoir livré un résultat générique. Ce qui se juge, c’est le soin apporté, exactement comme avant l’IA.

Article de presse sur la publicité de dentifrice générée par IA de Colgate, avec le rappel des deux Noëls de Coca-Cola
Colgate côté écran, les deux Noëls de Coca-Cola en rappel. Deux campagnes générées, deux fois le même retour.

Comment savoir si mon visuel porte un tic d’IA ?

Regarde d’abord ta palette, ta typographie et tes conteneurs. Un dégradé violet ou indigo, la police Inter, des cartes imbriquées, un halo lumineux autour d’un élément, une teinte chaude uniforme : ce sont les cinq premiers à vérifier. Ils apparaissent surtout dans les zones où ta demande était vague.

Une liste d’interdits suffit-elle à avoir son propre style ?

Non. Je l’ai mesuré : avec les seuls interdits, la teinte chaude d’un rendu tombe de 64 % à 26 %, donc le tic disparaît vraiment, mais le résultat n’a aucun caractère. Les interdits nettoient, ils ne créent pas. Il faut leur ajouter des consignes positives et une référence visuelle.

Comment enlever la teinte jaune des images ChatGPT ?

Le plus simple est de l’interdire dans ta demande, avec une consigne du type « pas de dominante chaude uniforme, pas de filtre sépia ». Sinon, une correction de balance des couleurs dans n’importe quel éditeur retire la dominante en une manipulation. Des outils dédiés existent aussi maintenant.

Ce qu’il faut retenir

  • Le violet des IA vient d’une valeur par défaut recopiée pendant cinq ans, pas d’un goût du modèle.
  • Une demande vague te rend la moyenne des données d’entraînement, à chaque fois.
  • Les styles IA se datent par année : violet en 2022, fond crème et grain en 2026.
  • Le problème n’est pas qu’on te sache utilisateur d’IA, c’est que ton visuel raconte l’histoire de tout le monde.
  • Les interdits enlèvent, la référence et la grammaire de mots créent. Il faut les trois.

Assumer l’IA et soigner ce qu’on publie, ce n’est pas contradictoire. C’est même exactement le même geste qu’avant : le soin que tu mets dans ce que tu proposes finit toujours par se voir.

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Marc-Antoine Richard

Marc-Antoine Richard, fondateur de Libreneur. Écologue de formation devenu expert web, il teste depuis 2014 les outils, l'automatisation et l'IA pour aider les solopreneurs à créer du contenu sans y laisser leur temps ni leur énergie. Il partage ses méthodes sur YouTube et dans la Tribu des Libreneurs.

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